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Camille Devillers

Interview de Camille Devillers

Interview donnée à l'occasion du Festival de Pâques à Chartres, le 23 mars 2006.

Enseignante en région parisienne, Camille Devillers, la trentaine épanouie, se prête au jeu d'une interview à la sortie d'un conseil de classe. Le moment était plus qu'opportun. Après une journée bien remplie, les langues se délient. Confidences à l'heure de l'apéro.


Racontez-nous votre parcours au sein du MEJ (Mouvement Eucharistique des Jeunes) ?

J'ai commencé à faire du Mej assez tard ; j'avais 18 ans. Mais j'y ai rapidement pris goût et suis devenue tour à tour responsable d'un groupe puis directrice de camps d'été. J'ai ensuite enregistré des chansons pour leur dernier album (« Prochaine Escale «) et je participe à l'album qui doit sortir prochainement.

Auteur, compositeur & interprète ; comment écrivez-vous vos chansons ?

Mes chansons racontent toujours des histoires personnelles. J'essaie de ne pas raconter quelque chose qui ne me concerne pas. En même temps, j'essaie de rejoindre chacun ; comme si l'expérience personnelle devenait universelle.
Avant de commencer quoi que ce soit, j'ai toujours une idée en tête. Je travaille ensuite une mélodie en sachant déjà ce que je vais raconter parce qu'en fonction de cela, la musique n'est pas la même (rythme, couleur musicale, ...). Puis, je travaille les paroles. Je peux mettre 10 jours comme 6 mois à faire une chanson. 10 jours... ça ne m'est arrivé qu'une fois ! Une chanson, c'est à chaque fois une aventure.

Quand avez-vous commencé à écrire ?

J'ai commencé à 20 ans. Depuis l'âge de 17 ans, j'animais tous les dimanches la messe dans ma paroisse ; j'étais vraiment passionnée par l'animation liturgique. Puis, j'ai eu envie d'écrire mes propres textes. J'ai donc commencé à écrire un ordinaire de la messe pour ma paroisse mais je ne disais à personne que j'en étais l'auteur. Petit à petit, j'ai réussi à y faire chanter quelques-uns de mes textes. Après avoir quitté ma paroisse, j'ai continué à écrire pour moi, « pour les 4 murs de ma chambre «, comme je dis souvent ; et cela pendant 8 ans... Je savais qu'il fallait que je continue ; c'était une nécessité. C'est d'ailleurs ce que m'avait dit ma tante : « tu sauras si tu es faite pour ça si ça devient une nécessité, si c'est vital. « Et ce fut le cas.
J'ai donc continué à écrire pour exprimer ce que j'avais envie de dire au niveau spirituel. C'était comme une prière qui sortait de moi-même.

Cela vous a-t-il aidé à progresser dans votre Foi ?

Je ne parlerai pas de « progrès «. Mes chansons sont toujours le reflet de ce que je vis, de ma vie spirituelle, qui est plutôt haute en couleurs ! (rires)

Votre parcours musical a donc commencé par l'animation de la messe ?

Oui, j'étais tout simplement passionnée par ça. J'adorais faire chanter les gens.

Et pendant vos concerts, vous faites chanter les gens ?

Eh bien, non. J'ai fait chanter les gens tous les dimanches pendant 4 ans mais je n'ai pas envie de faire chanter les gens pendant mes concerts parce que c'est différent. Dans mes concerts, j'ai envie d'apporter une ambiance plus classique, que les gens soient attentifs, presque recueillis. C'est d'ailleurs comme ça que les gens réagissent pendant mes concerts. J'essaie de faire de la musique et non de l'animation. J'aimerais que, pendant 1h15, le public soit touché par quelque chose ; comme si je leur disais : « Surtout, ne faites rien, reposez-vous... Si cela vous plaît, laissez-moi vous offrir ce que j'ai. » Je veux essayer de les toucher. Mon idéal, c'est que les gens aient la larme à l'œil ; qu'ils repartent de là en se disant : « Ce qu'elle a dit nous a rejoints ; ce qu'elle a dit, je le ressens mais j'aurais été incapable de le dire. » Donc, ça n'appartient plus au registre de l'animation.

Comment vous sentez-vous sur scène ?

Je n'ai pas encore une très longue expérience. J'écris depuis des années mais je chante sur scène uniquement depuis 2 ans.
J'éprouve énormément de plaisir à chanter, à voir des gens heureux. C'est aussi beaucoup de trac... Avant tout, j'aime chanter. Je suis toujours ravie de chanter s'il y a des gens qui sont prêts à m'écouter et qui ont envie de partager ; aussi bien pour 2 personnes que pour une centaine. Le nombre importe peu, le trac est le même.

Quel public visez-vous ?

J'ai envie de rejoindre tout le monde ; un maximum de personnes au niveau des âges et surtout au niveau des sensibilités. Mon plus profond désir est de pouvoir exprimer ma Foi à des gens qui ne l'ont pas forcément ; pouvoir toucher la sensibilité de quelqu'un qui ne sait pas ce que signifie Dieu ou qui est en recherche. Quand j'écris une chanson, j'essaie toujours de penser à une personne qui n'est pas croyante ; est-ce que cette personne-là arriverait à l'entendre ? Et, en même temps, ça reste bien une chanson chrétienne. Il ne s'agit pas de feindre, de ne dire les choses qu'à moitié. J'y vais à fond. Finalement, j'essaie de créer un lien avec celui ou celle qui m'écoute, croyant ou non. Je ne sais pas si ça marche mais j'ai l'impression de toucher des personnes.

Cherchez-vous à faire passer un message à travers vos chansons ?

Je ne sais pas si c'est le mot « message » qu'il faut employer. Je n'aime pas les mots « évangélisation » et « message » ; or, ce sont souvent ces deux-là qui reviennent à propos de la chanson chrétienne. J'ai simplement envie de témoigner de qqch. Il faut que je le dise. C'est un besoin vital. Il faut que je dise ce qui se passe dans ma vie spirituelle parce que je pense que ça peut intéresser d'autres personnes. Pour moi, une chanson, c'est comme lorsque on vous offre un bouquet de fleurs. Vous l'aimez, tant mieux. Vous le trouvez moche, peu importe. Je ne cherche pas à faire passer une idée. Une chanson, c'est un bel objet que j'essaie de façonner le mieux possible. C'est quelque chose de sincère. Je préfère le mot « témoignage » au mot « message ».

Comment définiriez-vous la catégorie de la musique parfois appelée « d'inspiration chrétienne » ? Et où vous situez-vous ?

J'ai encore du mal à la définir mais ce qui est bien, c'est que tous les styles de musique sont représentés. Mais, paradoxalement, en revanche, je ne m'y retrouve pas tant que ça. Je n'ai pas l'impression de faire partie de cette nouvelle tendance, cette nouvelle vague de groupes chrétiens parce que ça fait déjà très longtemps que j'écris et ce phénomène est assez récent. Quand j'ai commencé à écrire il y a 11 ans, j'ai senti que c'était là toute ma vie.

C'est quelque chose que vous ferez toujours, de toutes façons ?

Oui, j'en ai pris pleinement conscience. C'est ma vocation. J'ai compris que je n'allais pas pouvoir m'épanouir sans ça.
Chacun reçoit un don. Le mien, c'est celui-là. Si je n'en fais rien, j'en crève. C'est pour cette raison que je ne me retrouve pas vraiment dans cette nouvelle vague de rock chrétien ou de pop louange. Je cherche surtout à écrire des chansons poétiques. C'est tout un travail poétique, un travail sur les images. Puis, je me pose énormément de questions.

Ce n'est pas la 1ère fois que vous venez à Chartres dans le cadre du Festival. Pourquoi revenir cette année ?

J'y suis venue l'année dernière avec le Mej en sélection, on va dire « officielle » (rires) et j'ai chanté au Bar du festival en mon nom. C'était très sympa, je reviens donc cette année... mais pour de vrai cette fois ! Sous mon nom, pas au nom du Mej ; ça n'aura rien à voir. Je ne renie rien du tout mais ce que j'écris pour moi, c'est autre chose. Je suis très contente de revenir... mais je stresse !

Y-a-t il une de vos chansons que vous aimez particulièrement ?

Je n'en ai pas non plus écrit des tonnes ... ! Je dirais toutes parce qu'à chaque fois, c'est une histoire. Quand on écrit une chanson, c'est vraiment une aventure. Quand je vis des choses difficiles, il faut que j'écrive une chanson. C'est vraiment une expérience personnelle, brute. Je ne cherche pas à raconter des histoires pour le simple fait de les raconter mais dans l'idée que d'autres ont peut-être vécu la même chose. Je me sers de mes expériences pour écrire mes chansons.

Avez-vous une devise ?

Ah, il faut que je réfléchisse... J'en ai plusieurs... Mais il y a une phrase qui me suit depuis des années : « C'est la nuit qu'il est beau de croire à la Lumière » mais je ne sais plus de qui elle est... !