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Camille Devillers

Chers amis,

Drapeau français en berne

Comme vous tous, je suis profondément bouleversée par les attentats de vendredi. Amis de Paris, je vous espère tous sains et saufs, ainsi que vos proches. Mes premières pensées vont aux familles des victimes, en union de cœur et d’esprit avec chacune d’elles.

Samedi, j’ai fait le choix de maintenir mon concert au Kibélé, en plein accord avec le responsable du lieu. Au-delà de l’immense émotion et de la peur, la vie doit continuer. Dans une ville déserte où le couvre-feu semblait avoir été décrété, j’ai chanté devant quelques fidèles, accompagnée de deux musiciens. Qu’ils soient remerciés de leur présence.
En ces instants, la musique et la poésie semblent totalement dérisoires. Mais face à l’horreur et à la peur qui désormais s’inscrit en nous, faut-il renoncer à ce que nous sommes ? Ne donnons pas cette victoire supplémentaire aux fanatiques. Ne renonçons en rien à ce que nous croyons, à ce que nous aimons, à ce qui fait notre art de vivre ensemble.

Avant de commencer à chanter, je me suis nourrie d’un texte que j’ai lu sur scène et que je vous invite à lire. Il est écrit par Georges Duhamel, écrivain et médecin, extrait de La musique consolatrice, ouvrage édité en 1944. Engagé durant toute la 1ère Guerre Mondiale en tant que médecin sur le front, G. Duhamel est plongé dans l’horreur au quotidien. Et pourtant, c’est là qu’il découvre sa passion pour la musique et qu’il se met à apprendre à jouer d’un instrument : sa flûte le suivra sur tous les champs de bataille.

« Dans notre tâche cruelle, ces instants de ferveur étaient aussi des instants de délivrance. Je commençais à comprendre que la musique allait me permettre de vivre. Elle ne pouvait certes pas diminuer l’horreur du massacre, de la souffrance, des agonies ; toutefois elle m’apportait, jusqu’au sein même du charnier, un souffle de rémission céleste, un principe d’espoir et de salut. Pour l’homme privé des consolations de la foi, elle était quand même une foi, c’est-à-dire ce qui soutient, ce qui relie, ce qui nourrit, vivifie, réconforte. Je n’étais plus dans l’abandon. Une voix m’était donnée pour appeler et pour me plaindre, pour célébrer et pour prier ».

Chers amis, plus que jamais j’aime ma ville, plus que jamais j’aime mon pays et sa culture. Et même si la fragilité de nos existences semble plus évidente encore dans un moment comme celui que nous traversons, plus que jamais je souhaite continuer, comme chacun de vous, à faire les mêmes gestes du quotidien. Même si la voix tremble, je continuerai de chanter. Même si les mots semblent impuissants, je continuerai d’écrire.

Demandons ensemble la paix. Quels que soient la langue et les mots de nos prières.

Les femmes et les hommes de la Résistance nous ont montré la voie : « Vient le pire quand la peur nous endort. Impossible de donner ma terre au plus fort. Je reste debout. »

Avec toutes mes amitiés.

Camille Devillers